Ranpo, La Proie et l'Ombre
Une histoire d’écriture, d’une écriture qui croit se dédoubler dans le mal, s’y abîmer, alors qu’elle porte une souillure qu’elle ne peut éviter. L’écrivain se met en scène. Il pose dans l’écriture, dans le meurtre. Dans l’aura de l’une et de l’autre, fantasmant leur portée, oubliant le sadisme qui consiste à clouer de petits personnages dans leur image, le plaisir de les voir souffrir sous la vitre de la langue. La femme n’y est plus que l’image de la femme, fatale, pervertie par ce que le mâle veut en faire tantôt de cristallin, fragilité d’une soierie d’être, tantôt de créature manipulatrice, prise dans une perversité démoniaque qui conduirait l’homme de la passion au désespoir, la vie à sa destruction — male gaze, mal gaze, malaise, jusqu’à la caricature d’un meurtre qui se virtualise avec incertitude dans l’acte d’écrire.
Réf.
Edogawa Ranpo, La Proie et l’Ombre, Philippe Picquier, 1994.